Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 15:38

 

faible hauteur (1024x768)

Aperçu de la zone de fouille (Copyright Jérome Mathey 2013)

 

Cette opération s’intègre dans une démarche pluriannuelle de fouilles programmées débutées en 2005 visant à documenter les sites archéologiques de la commune d’Acoua, au Nord-Ouest de la Grande terre. Après plusieurs campagnes de fouille sur l’ancien village d’Agnala M’kiri (2005, 2006, 2007-2008, 2011-2012), l’effort est aujourd’hui porté sur le site d’Antsiraka Boira (inventorié depuis 2005), notamment sur une zone à forte concentration de sépultures. Antsiraka Boira 2013.001Ces recherches supervisées par Martial Pauly et financées par la préfecture de Mayotte, s’intègrent dans les problématiques plus larges de la connaissance des réseaux d’échange de l’océan Indien médiéval, les migrations humaines dans le canal du Mozambique et les grandes évolutions culturelles connues par ces sociétés médiévales (notamment les problématiques liées à la diffusion de l’islam  et la reconnaissance d'éventuelles pratiques funéraires pré-islamiques).

 

Bilan de l'opération

 

L’opération de Mai 2013 a confirmé l’intérêt du site d’Antsiraka Boira pour l’étude des pratiques funéraires et plus globalement pour la connaissance de la société médiévale mahoraise des XIIe-XIIIe siècles.

relevé Acoua Antsiraka Boira


Antsiraka Boira fouille Mai 2013.007La première sépulture d’adulte étudiée sur ce site (SP 08) livre une moisson de renseignements inédits qui enrichissent notre connaissance de l’islamisation de la Grande Terre. Alors que les sépultures d'enfants étudiées en 2012 présentaient des inhumations répondant au rituel musulman (avec toutefois la présence atypique de parures de perles), le squelette d'adulte étudié présente de nombreux désordres taphonomiques indiquant une décomposition du défunt dans un espace non colmaté (ou vide).

Plusieurs hypothèses sont avancées, mais ces désordres pourraient s'expliquer par l'inhumation d'un corps déjà largement décharné. Ce squelette disposé en décubitus dorsal (sur le dos), avait délicatement posé dans sa main droite une fusaïole et portait un long collier de cou en perles indo-pacifiques ainsi qu'une ceinture de perles en nacre de provenance africaine. Ce traitement particulier du corps du défunt fait écho aux rituels funéraires décrits à la côte Ouest de Madagascar (pays sakalave). Seul le crâne (déplacé à vingt centimètres du corps) disposé de telle sorte que le défunt ait la face tournée vers le Nord (en direction de la Mecque) indique une préoccupation nouvelle dictée par l'islam, comme l'atteste également en surface l'architecture funéraire qui reprend en tout point l'architecture funéraire musulmane  telle qu'elle est observée sur les sépultures musulmanes de l'océan Indien.

Ainsi, pour la première fois à Mayotte, des rituels funéraires non musulmans sont reconnus pour l’époque médiévale. Jusqu'à présent, les rites funéraires n'étaient documentés sur l'île que par la nécropole de Bagamoyo (Petite Terre), et celle-ci n’avait livré pour les IXe-XIVe siècles que des sépultures de rite musulman.

SP 08 et mobilier funéraire

Antsiraka Boira 2013.002

Antsiraka Boira 2013.003 Antsiraka Boira 2013.006


Détail des parures accompagnant le défunt (à gauche: perles en nacre, à droite: perles en pâte de verre indo-pacifiques et en nacre).

 

Ce syncrétisme religieux entre rite funéraire pré-islamique probablement malgache et rite funéraire musulman témoigne des premiers temps de l’islamisation de la population en Grande Terre sous l’influence de marins islamisés avec lesquels cette population était en contact comme l’atteste la profusion d’objets importés (plus de 5000 perles à l’heure actuelle).

C’est une occasion rare et exceptionnelle où l’archéologie parvient à cibler le moment exact où une population adopte de nouveaux rituels avec l'adoption de l'islam. À ce titre, les découvertes d’Antsiraka Boira nous renseignent à l’échelle de l’océan Indien occidental sur les processus culturels accompagnant l'islamisation d'une société dont les anciens rites pré-islamiques commencent seulement à être appréhendés par l’archéologie.

Ces découvertes soulèvent avec encore plus d'acuité la question de l’islamisation en Grande Terre durant la période précédente dite de «Dembéni» (IXe-XIIe siècle). Ce site éponyme majeur, étudié depuis la fin des années 1970, et dont la fouille a repris cette année 2013 sous la direction de Stéphane Pradines n’a pas encore livré de preuves de l’acceptation de l’islam alors que paradoxalement, ce site témoigne de contacts déjà intenses avec les régions islamisées (Golfe persique, Afrique swahilie) dès le IXe siècle. 

 

Lien vers l'album photo de la campagne de fouille de Mai 2013 

lien pour accéder aux séquences vidéo filmées durant la fouille: Les vidéos de archeologiemayotte sur Dailymotion

 


 

Remerciements: à Clotilde Kasten, directrice du Service des Affaires Culturelles / Préfecture, Édouard Jacquot, Conservateur de l’Archéologie / DAC-OI pour leur soutien à cette opération.

Responsable scientifique et technique de l’opération: Martial Pauly, archéologue / SHAM

Conseillers scientifiques: Patrice Courtaud (anthropologue PACEA / CNRS), Claude Allibert (INALCO-CROIMA).

Suivi: Édouard Jacquot, Conservateur de l’Archéologie (DAC-OI)

Participants salariés (mission du SRA/DAC-OI mai 2013)

Marine Ferrandis (anthropologue/DAC-OI), Morgane Legros (doctorante en archéologie), Georges Lemaire (SRA/DAC-OI)

Étudiant stagiaire en archéologie: 

Arthur Leck (étudiant en Licence d’archéologie / Paris-1)

Bénévoles (SHAM):

Brigitte Baconnier (proviseure adjointe, lycée de Mamoudzou), Doulhikifli Ahamed (lycéen), Hanessati Soufou (étudiante), Assinani Kassim (étudiante), Arnaud Lebossé (enseignant), Céline Leroy (enseignante), Djamila Madi (étudiante), Madi Ounaïda (étudiante), Said-Djibril Madi-Tchama (étudiant), Robert Manceau (enseignant), Limouandjilati Ymamou (étudiante).


 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by archeologiemayotte.over-blog.com - dans sites archéologiques
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Archéologie Mayotte
  • Archéologie Mayotte
  • : Site officiel de la société d'histoire et d'archéologie de Mayotte
  • Contact

Recherche

Avertissement droit d'auteur

Les photographies et les textes rédigés sont la propriété exclusive de leurs auteurs. L'exploitation commerciale de tout ou partie des documents requiert une autorisation spéciale. L'exploitation pédagogique des documents et photographies n'est autorisée que si elle rentre dans le cadre exclusif des apprentissages (en mentionnant la provenance) et n'engendre pas de publication à visée commerciale. Pour utilisation commerciale des textes et images: renseignements à prendre via l'onglet "contact".

Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

Sgraffiato à voluteCe site propose la découverte de la recherche archéologique à Mayotte, facette peu connue de son patrimoine historique, riche d'une occupation humaine attestée dès le VIIIe siècle après J-C.

C'est uniquement l'histoire ancienne  ou pré-coloniale de Mayotte, antérieure à sa cession à la France en 1841 qui est présentée ici.