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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 10:31

Voici les grandes périodes historiques connues par Mayotte depuis ses origines jusqu'à la colonisation française:

Vous pouvez consulter l'article "Un aperçu en images de l'histoire de Mayotte" pour en retrouver une version illustrée:

1. La période incertaine:

La découverte récente obtenue par une équipe du CNRS, à Madagascar, dans les grottes d'Andjohibe (région de Mahajenga) d'un os d'hippopotame nain portant des traces de découpe au couteau, daté par analyse RC14 de 2000 avant J-C repousse à la haute antiquité la présence humaine dans la région du canal du Mozambique.

lien:

http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/dominique_gommery.htm

 

Jusqu'alors, des os d'hippopotame nain entaillés et datés du Ier siècle de notre ère découverts à Ambolisatra (sud-ouest de Madagascar) constituaient les plus anciens vestiges de présence humaine. La grotte d'Andavakoera près d'Antsiranana (Diego Suarez) avait fourni des anciens vestiges humains datés du Ve siècle après J-C. La découverte d'Andjohibe repousse donc de 20 siècles la présence humaine dans la région du canal du Mozambique et, est peut-être à rattacher, s'il ne s'agit pas d'Africains de la côte orientale du continent, à une escale de navires égyptiens à qui l'on attribue les premières expéditions commerciales en Mer rouge et le long du littoral africain.

 

L'équipe du professeur Chami, archéologue tanzanien, travaille actuellement en Grande Comore pour trouver les traces d'une occupation humaine antique. Les découvertes obtenues en 2008 dans une grotte de Malé où de l'outillage lithique a été retrouvé n'ont pu être confirmées par les analyse RC14.

 

Pour Mayotte, les plus anciennes traces humaines proviennent d'un site côtier de la commune de Koungou et remontent à la fin du VIIIe siècle après J-C.

 

L'étude des textes greco romains (Pline l'Ancien  et l'anonyme du Périple de la Mer Erythrée) nous indique qu'au début de notre ère, le commerce de l'écaille de tortue est très actif dans le canal du Mozambique et les rivages de l'Afrique orientale. Une occupation, au moins saisonnière de pêcheurs bantous venus chasser les tortues de mer est donc envisageable pour expliquer le premier peuplement de l'archipel.

De plus, des marins arabes avaient déjà l'habitude de naviguer dans le canal du Mozambique dès les premiers siècles de notre ère. Le Périple de la Mer Erythrée, écrit au Ier ou IIème siècle après J-C, nous rapporte à leur sujet qu'ils vivaient en bonne entente avec les populations africaines de la côte, qu'ils y avaient conclu des mariages avec celles-ci et qu'ils parlaient la langue bantou. C'est probablement là, les prémices de la civilisation swahili qui connaîtra son âge d'or mille ans plus tard.

On doit certainement à ces arabes, comme l'avance Claude Allibert, l'appellation des îles Comores, non pas pour "îles de la lune" (djazirat al Qamar) mais pour leur situation sous la constellation de Qomr "la fenêtre dans le ciel", appelée aujourd'hui "nuage de Magellan". Le glissement vers le sens "îles de la Lune" (qui désigne alors les Comores mais aussi Madagascar) s'étant opéré avant le premier siècle, puisque Pline nous parle déjà, au Ier siècle, des montagne de la lune, à la même latitude et donc sous cette constellation de Qomr, pour parler des sources du Nil.

 

2.IXe-XIe siècle, la civilisation Dembeni.

Partout, aux Comores et à Madagascar, la présence humaine s'accentue. L'étude palynologique effectuée au Nord ouest de Madagascar dans les dépôts lacustres indique qu'à partir du IXe siècle, la forêt recule sous le coup des défrichements (mais dès le VIIe siècle pour les hauts plateaux malgaches, époque présentant les signes de l'introduction du chanvre indien). La mégafaune malgache commence son déclin rapide: l'aepyornis (ou "oiseau éléphant") , l'hippopotame nain et les grands lémuriens disparaissent.

Aux Comores, nombreux sont les sites occupés à partir du IXe siècle: Dembeni, Bagamoyo à Mayotte, Sima à Anjouan, Mbashile à Ngazidja, Mwali Mjini à Mohéli.

Dès cette époque, l'origine africaine des populations est attestée par la présence de poteries de tradition bantou (Triangular Incised Ware). Mais celle-ci est doublée par une présence austronésienne, confirmée à la fois par les traits culturels austronésiens (ou protomalgaches) retrouvés dans l'archipel, et par la génétique (une étude génétique menée sur des Grands Comoriens vivant à Marseille, a certes révélé sans surprise un patrimoine génétique en majorité africain mais, aussi des particularités génétiques partagées avec les populations polynésiennes, singularité expliquée par des ancêtres communs, partis de l'archipel indonésien au cours du Ier millénaire de notre ère).

La civilisation Dembeni est une période d'intenses échanges commerciaux entre l'ensemble comoro malgache, le monde swahili , le Moyen-Orient et l'Océan Indien Oriental. Dembeni, la principale localité de l'époque a livré aux archéologues des objets provenant de ces divers horizons, y compris de Chine après avoir transité dans les ports du Golfe persique (Siraf principalement). L'origine de cette richesse commerciale?,Mayotte produit et exporte des lingots de fer, d'excellente réputation, réalisés sur le site de Dembeni par des centaines de fours métallurgiques de technologie austronésienne. Il a même été avancé par Claude Allibert que les Austronésiens ont déporté des esclaves bantous aux Comores pour participer à la production métallurgique.

Fréquentée régulièrement par des commerçants et navigateurs arabes et persans, Mayotte connaît dès cette époque l'introduction de l'islam comme l'ont montré les sépultures musulmanes découvertes en Petite-Terre à la nécropole de Bagamoyo. Cette religion s'imposera sur l'animisme, chez les élites, avec certitude qu'au XIIe siècle. Dembeni n'a pas fourni les preuves de l'existence de mosquée voir de sépultures musulmanes. Au contraire, la tortue, le tanrec, le lémurien et les escargots y étaient consommés: nourritures considérées comme impures par l'islam.

Au Xe siècle, le nombre de villages ne cesse d'augmenter, débutant une mise en valeur agricole  accrue des îles . À partir du XIe siècle, les rivalités entre ces communautés vont donner naissance aux premières chefferies. Pour des raisons encore mal expliquées, la civilisation Dembeni disparaît. Signe fort de ce déclin, Mayotte qui exportait du fer en sera par la suite totalement dépourvue et dépendante de l'extérieur pour son approvisionnement, c'est une caractéristique qui frappera les premiers navigateurs européens.

 

3. XIe-XVe siècle, l'époque des chefferies.

Alors qu'à l'époque Dembeni, Mayotte renvoie l'image d'une île où une grande localité, Dembeni (où réside une aristocratie), domine des petits villages, les siècles suivant sont caracérisés par un changement radical de la localisation du pouvoir: dès lors, des dizaines de localités fortifiées et indépendantes se partagent ce territoire. 

C'est en effet au XIe siècle qu'apparaissent les premières enceintes fortifiées à Mayotte. Dans ces villages, à une organisation politique traditionnelle communautaire où les décisions sont prises par un conseil villageois, succède un pouvoir uniquement détenu par des lignages aristocratiques. Au XIVe-XVe siècle, ceux-ci portent le titre de fani. Islamisés, on leur doit la construction des premières mosquées en pierre. Leur mode de vie est  alors voisin de celui des élites swahili: les plus riches vivent dans de grandes habitations en pierre comme celles découvertes à Acoua.  La traite des esclaves devient au XVe siècle une spécialité de ces chefferies. Il est envisageable, que bien avant le sultanat, certains de ces chefs, parmi les plus puissants et les mieux considérés, exercèrent des fonctions, sur l'île, assimilables à une forme de royauté. C'est probablement en s'appuyant sur cette institution séculaire, que les princes shirazi purent imposer leur domination.

 

4. XVe-XIXe siècle, le sultanat shirazi.

Il faut comprendre par "shirazi" des clans aristocratiques swahili originaires du Golfe persique et établis dès les Xe-XIIe siècles à la côte africaine.

Très tôt, les Comores ont des contacts commerciaux avec les cités swahili dirigées par des sultans shirazi, notamment Kilwa, mais il faut attendre la deuxième moitié du XVe siècle pour que des princes shirazi, probablement chassés par des guerres civiles et luttes pour le pouvoir, s'établissent dans les îles comoriennes.

Le lignage shirazi qui est à l'origine du sultanat de Mayotte est d'abord établi à Anjouan où le shirazi Hassan trouva un bon accueil auprès du fani de Sima, vers les années 1460-1470. En épousant la fille de ce chef charismatique, Hassan devint le fondateur du sultanat d'Anjouan. Son fils, Mohamed ben Hassan ("Mohamed ben Omar" dans le poème de Piri Reis) fit de même à Mayotte en épousant la fille du fani de Mtsamboro. C'est sous le seul règne du sultan Hassan ben Mohamed que les îles de Anjouan, Mohéli et Mayotte furent réunies. Par la suite, les héritiers de ce sultan se partagèrent la souveraineté sur les îles: à Mayotte, sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed, fit de Mayotte un sultanat indépendant (mais, Anjouan conserva une certaine souveraineté, particulièrement sous la reine Halimat Iere, petite fille de Mohamed ben Hassan, appelée "reine des Comores" au début du XVIIe siècle). Mayotte doit au sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed le déplacement de la capitale de Mtsamboro (ville de sa mère) à Tsingoni et la réalisation en 1538 du mihrab de la mosquée de Tsingoni que l'on peut encore admirer aujourd'hui.

Les successeurs du sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed s'efforcèrent de maintenir le sultanat de Mayotte indépendant de celui d'Anjouan, qui au XVIIIe siècle mena, particulièrement sous le règne du sultan anjouanais Ahmed, des incursions militaires afin d'imposer son autorité sur Mayotte.

 

liste des sultans de Mayotte

 

À partir du XVIe siècle, Mayotte connaît quelques escales européennes, d'abord portugaises (connue des Portugais dès 1506, il semble qu'il faille attendre en 1557  la flotte de Baltazar Lobo da Souza pour qu'une première escale s'y déroule), hollandaises, anglaises, et françaises. Mayotte, est alors une escale de ravitaillement sur la route des Indes, il est vrai très peu fréquentée par rapport à Anjouan, île elle-même très peu fréquentée par comparaison à l'île Maurice! Les cartes de l'époque traduisent cette réalité: Mayotte, entourée de son récif fait peur aux navires européens, et, par conséquent est très mal connue des Européens. cet "isolement" du point de vue européen car le commerce traditionnel "arabe" entre Afrique et Madagascar n'a jamais cessé, explique que l'île fut choisi comme "base arrière" par quelques pirates notoires comme le capitaine North responsable de l'incendie de Tsingoni en 1701 ou 1702 (si l'on tient le récit relaté par Defoe comme véridique). Mayotte, comme les autres îles de l'archipel, n'a donc pas connu d'installation européenne avant l'époque coloniale au XIXe siècle.

Le XVIIIe siècle est une période terrible pour Mayotte pendant laquelle l'île va souffrir de troubles politiques intérieurs, des attaques du sultanat d'Anjouan aidé en 1790 par les trafiquants d'esclaves français Lablache puis Péron, et enfin à partir de 1800 des "razzias malgaches" qui jusqu'en 1820 vont vider Mayotte de sa population, déportée en esclavage vers les comptoirs de traite malgaches (Tamatave principalement).  De cette période date l'abandon de nombreuses localités et le replis du sultanat, sous Salim II, sur l'îlot de Dzaoudzi, jugé plus sûr que Tsingoni (vers 1790).

 

Politiquement affaiblie, dépeuplée, Mayotte tombe entre les mains du roi sakalave déchu  et exilé Tsé Lévalou, appelé plus tard Andriantsouli (son royaume ayant été conquis par le royaume Merina de Radama 1er). Celui-ci, appelé en aide par le dernier sultan shirazi Bwana Combo pour l'aider à s'imposer, se retourna contre celui-ci et usurpa le trône de Mayotte. En proie au sultan malgache de Mohéli, Ramanetaka, et à celui d'Anjouan, Salim, Andriantsouli trouva plus sage, devant son incertitude à conserver Mayotte qu'il ne contrôlait qu'en partie (Ramanetaka ayant envoyé au sud de Mayotte un contingent de guerriers commandé par Adriannavi), à vendre Mayotte (tout comme sa soeur, Tsiouméko avait vendu Nossi Be aux Français en 1840) au capitaine Passot, envoyé par le gouverneur de La Réunon, De Hell, au nom du roi Louis Philippe d'Orléans, "roi des Français".

Avec le traité de cession de l'île à la France en 1841, puis la prise de possession effective en 1843, Mayotte devenait une colonie française...

 


 

 

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Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

Sgraffiato à voluteCe site propose la découverte de la recherche archéologique à Mayotte, facette peu connue de son patrimoine historique, riche d'une occupation humaine attestée dès le VIIIe siècle après J-C.

C'est uniquement l'histoire ancienne  ou pré-coloniale de Mayotte, antérieure à sa cession à la France en 1841 qui est présentée ici.