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14 juin 2011 2 14 /06 /juin /2011 14:47

Chaux pour bétel

Tessons avec trace de chaux (M.Pauly 2011).


À Acoua, les niveaux superficiels du dépotoir (XVe siècle) ont livré à la fouille quelques tessons portant des traces de chaux. Très fine et sans trace de sable ou de gravillons, il ne s'agit pas de résidus de mortier de chaux comme on pourrait le croire, mais de la chaux pure qui était conservée dans ces récipients céramiques pour un usage tout autre que la maçonnerie. Celle-ci renvoie en effet à une pratique jadis répandue dans tout l'Océan indien: la consommation du bétel.

À gauche: bouquet d'aréquiers, à droite, liane de bétel (photos M.Pauly 2011).

forêt d'Aréquierliane de Betel

 


 Le bétel (piper betle) est une liane grimpante, originaire de Malaisie, de la même famille que le poivrier, associé dans une préparation à de la noix d'arec pilée. Ces deux plantes sont assez répandues à Mayotte, où elles poussent en bordure de rivière

 


Le bétel est en usage depuis des siècles en Malaisie et Indonésie. En Inde ainsi qu'au Vietnam, les feuilles sont sont encore aujourd'hui mâchées avec de la chaux (oxyde de calcium) et de la noix d'arec (Areca catechu) réduite en poudre, dans une préparation qui prend le nom de bétel. Cette pratique est attestée en Afrique de l'Est jusqu'à une époque récente. La chaux agit comme catalyseur, et l'arec contient l'alcaloïde arécoline, qui favorise la salivation, la salive devenant teintée de rouge et les dents orangées. Cette préparation est réputée être aussi un puissant coupe-faim. Son goût est très rafraîchissant et (pour l'avoir goûté) assez proche des cornichons au vinaigre!


La consommation du bétel est attestée dès le Moyen-Age dans l'Océan indien occidental est compte probablement parmi les plantes introduites par les populations austronésiennes. Un four à chaux du XIe siècle et de technologie austronésienne a été mis en évidence par Allibert et Argant sur le site de Bagamoyo. La chaux ainsi produite était destinée à la consommation du bétel. Une telle pratique est décrite au XIXe siècle à la côte malgache par Leigh et Ellis.


Sa consommation n'est plus en usage aujourd'hui, supplantée par le tabac. 


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9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 18:14

 

Origine de l’islam aux Comores

       L’islamisation des Comores est ancienne, débutant, avec certitude dès les XIe-XIIe siècles, période pendant laquelle apparaissent les premières sépultures de rite musulman (à Mayotte: sépultures de Mitseni, nécropole de Bagamoyo). Ces découvertes archéologiques confirment les écrits du géographe arabe al-Idrisi qui au début du XIIe siècle nous apprend que les élites de l’archipel sont musulmanes. À Ntsaweni (Ngazidja), il a été annoncé récemment (décembre 2010), par l’équipe du professeur Chami, la découverte d’une mosquée des premiers siècles de l’Hégire, mais cette datation n’a pas été confirmée. La connexion de l’archipel au grand commerce de l’Océan indien dès le IXe siècle permet toutefois d’envisager cette époque pour placer les premiers contacts avec des islamisés.

       Un faisceau d’indices, tant fournis par les traditions que par l’archéologie attestent de l’existence aux Comores,  à l’instar de l’Afrique orientale, de communautés chiites avant le XIIIe siècle.
L’Afrique orientale, dès le VIIIe siècle, accueille des communautés musulmanes dissidentes telles les Zaydites et les Ibadites (c'est à ces communautés que l'on doit les premières mosquées en Afrique orientale). Du IXe au XIe siècle, les réseaux commerciaux entre l’Afrique et le Moyen Orient, sont entre les mains des ports du golfe persique (Siraf, Bahrein, Basorah) contrôlés principalement par des Chiites: Buyyaides du Fars (Chiites duodécimains), Qarmates du Bahrein (chiites ismaéliens). Les migrations shirâzi en Afrique de l'Est se placent dans ce contexte. Sous le terme de «Shirâzi», il faut reconnaître les lignages aristocratiques établis en Afrique et issus de cette diaspora chiite. L’essor urbain de l’Afrique swahili est attribué à ces «Shirâzi», introducteurs de la civilisation arabo persane en Afrique de l’Est, comme l'ont montré les récentes fouilles de Stéphane Pradines à Sanje ya Kati (Région de Kilwa, Tanzanie), où un urbanisme influencé par le Golfe persique a été mis en évidence pour les Xe-XIIe siècles.
Au XIIe siècle, les Ayyubides d’Égypte mettent un terme à la dynastie Fatimide chiite ismaélienne et adoptent le sunnisme chaféite. Les conquêtes en mer Rouge des Ayyubides vont étendre l’islam sunnite chaféite au Yémen. Au XIIIe siècle, la dynastie yéménite des Rassulides va poursuivre la diffusion du sunnisme chaféite dans l’Océan indien, à la faveur des réseaux commerciaux contrôlés par les Yéménites et Hadrami. Ainsi, le prospère sultanat de Kilwa, jusqu’alors gouverné par la dynastie shirazi, passe entre les mains de la dynastie hadrami des Madhali. Ces changements politiques sont accompagnés de changements religieux: avec la suprématie des clans hadrami et yéménites, s’impose l’islam sunnite chaféite en Afrique orientale.
En 1331, le célèbre voyageur ibn Battutah voyage en Afrique orientale jusqu’à Kilwa. Il ne rencontre que des musulmans sunnites chaféites.
Il ne fait donc aucun doute que les premiers musulmans aux Comores étaient par conséquent chiites. Des communautés ibadites et zaydites purent certainement s’y établir. Il semble que le sunnisme chafiite ne s’imposa qu’avec l’établissement des sultanats shirâzi sunnites au XVe siècle. Les Comores présentent donc quelques temps un certain conservatisme religieux chiite. On comprend alors l’origine des discordes entre les nouveaux arrivants shirâzi sunnites et les chefferies locales, relatées par les traditions.
Toutefois, la conversion au sunnisme chaféite se fit rapidement après l’instauration des sultanats shirâzi aux Comores: au début du XVIe siècle, Piri Reis signale que toutes les îles des Comores sont de rite chaféite. Cette doctrine est encore aujourd’hui celle des Musulmans comoriens, à l’instar de ceux de l’Afrique orientale, de l’Egypte, du Yémen, de l’Indonésie et de la Malaisie.

 

Les mosquées anciennes à Mayotte

 

        Une vingtaine de mosquées anciennes existent à Mayotte et la très grande majorité sont ruinées du fait de l'abandon de ces anciens villages à la fin du XVIIIe siècle.

 

mosquées anciennes de Mayorre         Leur datation est très incertaine : les plus anciennes pourraient remonter au XIVe siècle mais seule la date de construction de la mosquée de Tsingoni est aujourd'hui acquise grâce à une inscription conservée dans son mihrab. En effet, le sultan Aïssa (ou Ali) ben Mohamed embellit une mosquée initiale par l'ajout d'un nouveau mihrab, en corail sculpté, en 1538.

 

       Il paraît probable que les premières mosquées étaient de taille modeste et construites en matériaux périssables. Il reste aujourd'hui à l'archéologie d'en découvrir les traces.

 

 

      Carte: localisation des anciennes mosquées

 

L'architecture religieuse à Mayotte:

 

Plan type mosquée ancienne    Les mosquées anciennes de l'île présentent les mêmes grandes caractéristiques empruntées à l'architecture religieuse swahili elle-même copiée des mosquées du Hadramaout: une salle de prière avec mihrab encadré par deux couloirs latéraux accessibles par une cour où est placé un bassin pour les ablutions.

 

   Ces mosquées n'ont pas de minaret et, de taille modeste, ne peuvent accueillir qu'une cinquantaine d'hommes. Les toitures étaient principalement réalisées avec une couverture végétale à deux pans, mais Tsingoni possédait une toiture plate soutenue par des piliers dans la salle de prière.

 

   Les murs, construits en blocs de pierre et de corail sont généralement couverts d'enduit de chaux et ne possèdent pas d'autre décoration. Le mihrab de Tsingoni, réalisé à partir de corail sculpté, est à ce titre un exemplaire remarquable et unique dans l'île de l'art religieux dont on retrouve des parallèles à Domoni (Anjouan) et dans les anciennes cités swahili de la côte africaine.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

zamzam   fragment bassin à pilastre

À gauche: "zamzam": vasque maçonnée pour les ablutions (mosquée du vieux Dzoumogné), à droite: fragment de bassin aux ablutions avec pilastre décorative (mosquée de Jimawe).

 

fragment voûte à cannelures Hajangwa  mosquée Bandrele  mihrab Jimawe

De gauche à droite: fragment de la voûte du mihrab de la mosquée d'Hajangoua, ruines de la mosquée de Bandrélé, mihrab de la mosquée de Jimawe (façade extérieure).

 

Minbar maçonné

Rare minbar maçonné conservé à Mayotte, mosquée de Maouéni.

 

 

Liens vers d'autres articles sur "archéologiemayotte":

 

nécropole de Bagamoyo: La nécropole de Bagamoyo Xe-XIIIe siècle

mosquée de Tsingoni: La mosquée de Tsingoni, la plus ancienne mosquée en activité de France

 

M.Pauly

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 15:42

La tradition orale a conservé le nom d'une trentaine de fani, nom porté au XVe siècle, par les chefs de Mayotte. Des listes de fani ont été écrites en caractères arabes, au XXe siècle, à partir de  traditions orales ancestrales. Ces documents sont donc de première importance pour l'étude de la période pré-shirazi à Mayotte.

 

extrait liste des fani

 

 

 

Extrait du manuscrit de Mkadara ben Mohamed (1931), présentant une prière adressée aux anciens mwalimou (sorciers) de Mayotte. Avec "la liste des fani de Mayotte", c'est un document essentiel pour la connaissance des chefferies fani.

 

 

 

 

 

 

Localité:   fani (transcrit de l'arabe)

 

Bandrele: muguzu mubadini             
Nyumbeni: kulu du’nu               
Pole:   muwalimu kashikazi               
Mtsapere:  pir mutuwabawu          
Koungou:   z’ina wan’du
Longoni:   baku miku tutu
Dzoumonié:   mariamu
Saba Mumba/Maruba:   qu’u musa’nga
Saba Mustsanga:  mama musa’nga            
Tsingoni: mamu si’ngu
Mtsamboro: muwa’alimu puru           
Acoua: bakari qaruwa maru          
Karihani:  muwana mu’nguwana mushilazi
Bandrele: suwamari’nga            
Maouéni: waziri kuta                 
Munyambani: muwa’alimu she’nge
Sazilé: mama sazile
Choungui: fusuliyamini
Ouangani: makasa adamu wusibu
Choungui: mamiyadiva                
Ourini: bu’ngu‘                   
Tsoundzou: maki mu’sa          
Domweli: miqu dili
Dembeni: quta mu’sa               
Kwalé: muwanesha musizanu
Hajangoua: badamu’sa
Huquzi: malili yabisha wa beja muhuqu’ni     
Hande: mamu qumila
Hamouro: muwalimu kana khazi 
Shaliwadji: muwalimu mahudu shubu             
Muhuni: muqu rima
Bambo: mwalimu bambo
Mronabeja: mududu wabuzi
Chirongui: pika             
Mzouazia: mwalimu kale
Majimbi Moya: alimadi kufu              
Djimawé: alimadi musay wa mungu tsimwana damu
Dapani: madika yantuzi
Pamandzi hashiwawa: madzina sharifu


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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 19:53

Cette version est légèrement différente (taille et contenu) de la première frise proposée.

 

Cliquez sur l'image pour l'obtenir en taille réelle

Frise chronologique de Mayotte

 

frise- 001

 

frise-002

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 10:31

Voici les grandes périodes historiques connues par Mayotte depuis ses origines jusqu'à la colonisation française:

Vous pouvez consulter l'article "Un aperçu en images de l'histoire de Mayotte" pour en retrouver une version illustrée:

1. La période incertaine:

La découverte récente obtenue par une équipe du CNRS, à Madagascar, dans les grottes d'Andjohibe (région de Mahajenga) d'un os d'hippopotame nain portant des traces de découpe au couteau, daté par analyse RC14 de 2000 avant J-C repousse à la haute antiquité la présence humaine dans la région du canal du Mozambique.

lien:

http://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/dominique_gommery.htm

 

Jusqu'alors, des os d'hippopotame nain entaillés et datés du Ier siècle de notre ère découverts à Ambolisatra (sud-ouest de Madagascar) constituaient les plus anciens vestiges de présence humaine. La grotte d'Andavakoera près d'Antsiranana (Diego Suarez) avait fourni des anciens vestiges humains datés du Ve siècle après J-C. La découverte d'Andjohibe repousse donc de 20 siècles la présence humaine dans la région du canal du Mozambique et, est peut-être à rattacher, s'il ne s'agit pas d'Africains de la côte orientale du continent, à une escale de navires égyptiens à qui l'on attribue les premières expéditions commerciales en Mer rouge et le long du littoral africain.

 

L'équipe du professeur Chami, archéologue tanzanien, travaille actuellement en Grande Comore pour trouver les traces d'une occupation humaine antique. Les découvertes obtenues en 2008 dans une grotte de Malé où de l'outillage lithique a été retrouvé n'ont pu être confirmées par les analyse RC14.

 

Pour Mayotte, les plus anciennes traces humaines proviennent d'un site côtier de la commune de Koungou et remontent à la fin du VIIIe siècle après J-C.

 

L'étude des textes greco romains (Pline l'Ancien  et l'anonyme du Périple de la Mer Erythrée) nous indique qu'au début de notre ère, le commerce de l'écaille de tortue est très actif dans le canal du Mozambique et les rivages de l'Afrique orientale. Une occupation, au moins saisonnière de pêcheurs bantous venus chasser les tortues de mer est donc envisageable pour expliquer le premier peuplement de l'archipel.

De plus, des marins arabes avaient déjà l'habitude de naviguer dans le canal du Mozambique dès les premiers siècles de notre ère. Le Périple de la Mer Erythrée, écrit au Ier ou IIème siècle après J-C, nous rapporte à leur sujet qu'ils vivaient en bonne entente avec les populations africaines de la côte, qu'ils y avaient conclu des mariages avec celles-ci et qu'ils parlaient la langue bantou. C'est probablement là, les prémices de la civilisation swahili qui connaîtra son âge d'or mille ans plus tard.

On doit certainement à ces arabes, comme l'avance Claude Allibert, l'appellation des îles Comores, non pas pour "îles de la lune" (djazirat al Qamar) mais pour leur situation sous la constellation de Qomr "la fenêtre dans le ciel", appelée aujourd'hui "nuage de Magellan". Le glissement vers le sens "îles de la Lune" (qui désigne alors les Comores mais aussi Madagascar) s'étant opéré avant le premier siècle, puisque Pline nous parle déjà, au Ier siècle, des montagne de la lune, à la même latitude et donc sous cette constellation de Qomr, pour parler des sources du Nil.

 

2.IXe-XIe siècle, la civilisation Dembeni.

Partout, aux Comores et à Madagascar, la présence humaine s'accentue. L'étude palynologique effectuée au Nord ouest de Madagascar dans les dépôts lacustres indique qu'à partir du IXe siècle, la forêt recule sous le coup des défrichements (mais dès le VIIe siècle pour les hauts plateaux malgaches, époque présentant les signes de l'introduction du chanvre indien). La mégafaune malgache commence son déclin rapide: l'aepyornis (ou "oiseau éléphant") , l'hippopotame nain et les grands lémuriens disparaissent.

Aux Comores, nombreux sont les sites occupés à partir du IXe siècle: Dembeni, Bagamoyo à Mayotte, Sima à Anjouan, Mbashile à Ngazidja, Mwali Mjini à Mohéli.

Dès cette époque, l'origine africaine des populations est attestée par la présence de poteries de tradition bantou (Triangular Incised Ware). Mais celle-ci est doublée par une présence austronésienne, confirmée à la fois par les traits culturels austronésiens (ou protomalgaches) retrouvés dans l'archipel, et par la génétique (une étude génétique menée sur des Grands Comoriens vivant à Marseille, a certes révélé sans surprise un patrimoine génétique en majorité africain mais, aussi des particularités génétiques partagées avec les populations polynésiennes, singularité expliquée par des ancêtres communs, partis de l'archipel indonésien au cours du Ier millénaire de notre ère).

La civilisation Dembeni est une période d'intenses échanges commerciaux entre l'ensemble comoro malgache, le monde swahili , le Moyen-Orient et l'Océan Indien Oriental. Dembeni, la principale localité de l'époque a livré aux archéologues des objets provenant de ces divers horizons, y compris de Chine après avoir transité dans les ports du Golfe persique (Siraf principalement). L'origine de cette richesse commerciale?,Mayotte produit et exporte des lingots de fer, d'excellente réputation, réalisés sur le site de Dembeni par des centaines de fours métallurgiques de technologie austronésienne. Il a même été avancé par Claude Allibert que les Austronésiens ont déporté des esclaves bantous aux Comores pour participer à la production métallurgique.

Fréquentée régulièrement par des commerçants et navigateurs arabes et persans, Mayotte connaît dès cette époque l'introduction de l'islam comme l'ont montré les sépultures musulmanes découvertes en Petite-Terre à la nécropole de Bagamoyo. Cette religion s'imposera sur l'animisme, chez les élites, avec certitude qu'au XIIe siècle. Dembeni n'a pas fourni les preuves de l'existence de mosquée voir de sépultures musulmanes. Au contraire, la tortue, le tanrec, le lémurien et les escargots y étaient consommés: nourritures considérées comme impures par l'islam.

Au Xe siècle, le nombre de villages ne cesse d'augmenter, débutant une mise en valeur agricole  accrue des îles . À partir du XIe siècle, les rivalités entre ces communautés vont donner naissance aux premières chefferies. Pour des raisons encore mal expliquées, la civilisation Dembeni disparaît. Signe fort de ce déclin, Mayotte qui exportait du fer en sera par la suite totalement dépourvue et dépendante de l'extérieur pour son approvisionnement, c'est une caractéristique qui frappera les premiers navigateurs européens.

 

3. XIe-XVe siècle, l'époque des chefferies.

Alors qu'à l'époque Dembeni, Mayotte renvoie l'image d'une île où une grande localité, Dembeni (où réside une aristocratie), domine des petits villages, les siècles suivant sont caracérisés par un changement radical de la localisation du pouvoir: dès lors, des dizaines de localités fortifiées et indépendantes se partagent ce territoire. 

C'est en effet au XIe siècle qu'apparaissent les premières enceintes fortifiées à Mayotte. Dans ces villages, à une organisation politique traditionnelle communautaire où les décisions sont prises par un conseil villageois, succède un pouvoir uniquement détenu par des lignages aristocratiques. Au XIVe-XVe siècle, ceux-ci portent le titre de fani. Islamisés, on leur doit la construction des premières mosquées en pierre. Leur mode de vie est  alors voisin de celui des élites swahili: les plus riches vivent dans de grandes habitations en pierre comme celles découvertes à Acoua.  La traite des esclaves devient au XVe siècle une spécialité de ces chefferies. Il est envisageable, que bien avant le sultanat, certains de ces chefs, parmi les plus puissants et les mieux considérés, exercèrent des fonctions, sur l'île, assimilables à une forme de royauté. C'est probablement en s'appuyant sur cette institution séculaire, que les princes shirazi purent imposer leur domination.

 

4. XVe-XIXe siècle, le sultanat shirazi.

Il faut comprendre par "shirazi" des clans aristocratiques swahili originaires du Golfe persique et établis dès les Xe-XIIe siècles à la côte africaine.

Très tôt, les Comores ont des contacts commerciaux avec les cités swahili dirigées par des sultans shirazi, notamment Kilwa, mais il faut attendre la deuxième moitié du XVe siècle pour que des princes shirazi, probablement chassés par des guerres civiles et luttes pour le pouvoir, s'établissent dans les îles comoriennes.

Le lignage shirazi qui est à l'origine du sultanat de Mayotte est d'abord établi à Anjouan où le shirazi Hassan trouva un bon accueil auprès du fani de Sima, vers les années 1460-1470. En épousant la fille de ce chef charismatique, Hassan devint le fondateur du sultanat d'Anjouan. Son fils, Mohamed ben Hassan ("Mohamed ben Omar" dans le poème de Piri Reis) fit de même à Mayotte en épousant la fille du fani de Mtsamboro. C'est sous le seul règne du sultan Hassan ben Mohamed que les îles de Anjouan, Mohéli et Mayotte furent réunies. Par la suite, les héritiers de ce sultan se partagèrent la souveraineté sur les îles: à Mayotte, sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed, fit de Mayotte un sultanat indépendant (mais, Anjouan conserva une certaine souveraineté, particulièrement sous la reine Halimat Iere, petite fille de Mohamed ben Hassan, appelée "reine des Comores" au début du XVIIe siècle). Mayotte doit au sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed le déplacement de la capitale de Mtsamboro (ville de sa mère) à Tsingoni et la réalisation en 1538 du mihrab de la mosquée de Tsingoni que l'on peut encore admirer aujourd'hui.

Les successeurs du sultan Issa (ou Ali) ben Mohamed s'efforcèrent de maintenir le sultanat de Mayotte indépendant de celui d'Anjouan, qui au XVIIIe siècle mena, particulièrement sous le règne du sultan anjouanais Ahmed, des incursions militaires afin d'imposer son autorité sur Mayotte.

 

liste des sultans de Mayotte

 

À partir du XVIe siècle, Mayotte connaît quelques escales européennes, d'abord portugaises (connue des Portugais dès 1506, il semble qu'il faille attendre en 1557  la flotte de Baltazar Lobo da Souza pour qu'une première escale s'y déroule), hollandaises, anglaises, et françaises. Mayotte, est alors une escale de ravitaillement sur la route des Indes, il est vrai très peu fréquentée par rapport à Anjouan, île elle-même très peu fréquentée par comparaison à l'île Maurice! Les cartes de l'époque traduisent cette réalité: Mayotte, entourée de son récif fait peur aux navires européens, et, par conséquent est très mal connue des Européens. cet "isolement" du point de vue européen car le commerce traditionnel "arabe" entre Afrique et Madagascar n'a jamais cessé, explique que l'île fut choisi comme "base arrière" par quelques pirates notoires comme le capitaine North responsable de l'incendie de Tsingoni en 1701 ou 1702 (si l'on tient le récit relaté par Defoe comme véridique). Mayotte, comme les autres îles de l'archipel, n'a donc pas connu d'installation européenne avant l'époque coloniale au XIXe siècle.

Le XVIIIe siècle est une période terrible pour Mayotte pendant laquelle l'île va souffrir de troubles politiques intérieurs, des attaques du sultanat d'Anjouan aidé en 1790 par les trafiquants d'esclaves français Lablache puis Péron, et enfin à partir de 1800 des "razzias malgaches" qui jusqu'en 1820 vont vider Mayotte de sa population, déportée en esclavage vers les comptoirs de traite malgaches (Tamatave principalement).  De cette période date l'abandon de nombreuses localités et le replis du sultanat, sous Salim II, sur l'îlot de Dzaoudzi, jugé plus sûr que Tsingoni (vers 1790).

 

Politiquement affaiblie, dépeuplée, Mayotte tombe entre les mains du roi sakalave déchu  et exilé Tsé Lévalou, appelé plus tard Andriantsouli (son royaume ayant été conquis par le royaume Merina de Radama 1er). Celui-ci, appelé en aide par le dernier sultan shirazi Bwana Combo pour l'aider à s'imposer, se retourna contre celui-ci et usurpa le trône de Mayotte. En proie au sultan malgache de Mohéli, Ramanetaka, et à celui d'Anjouan, Salim, Andriantsouli trouva plus sage, devant son incertitude à conserver Mayotte qu'il ne contrôlait qu'en partie (Ramanetaka ayant envoyé au sud de Mayotte un contingent de guerriers commandé par Adriannavi), à vendre Mayotte (tout comme sa soeur, Tsiouméko avait vendu Nossi Be aux Français en 1840) au capitaine Passot, envoyé par le gouverneur de La Réunon, De Hell, au nom du roi Louis Philippe d'Orléans, "roi des Français".

Avec le traité de cession de l'île à la France en 1841, puis la prise de possession effective en 1843, Mayotte devenait une colonie française...

 


 

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 15:46

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frise chronologique de Mayotte.001

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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 19:50

Al-Idrisi est un géographe arabe du XIIe siècle. Né à Ceuta vers 1100, il étudia à Cordoue, capitale de l'Espagne musulmane (Al-Andalous). Il voyagea jusqu'en Asie mineure d'où il rapporta de nombreux renseignements géographiques. On pense qu'il fréquenta les bibliothèques de Bagdad, lui permettant de disposer d'une masse d'informations qui lui permirent de rédiger à partir de 1138 sa géographie du monde à la demande du roi normand Roger II de Sicile.

Son livre, Kitâb Nuzhat al Mushtâq ou Kitâb Rudjâr (Livre du Roi Roger) contient une description de l'Océan Indien.

 

Planisphère d'Al-Idrisi:

Ce remarquable planisphère est la représentation du monde connu au XIIe siècle. D'orientation sud/nord, on distingue nettement la Méditerranée et l'Europe, l'Asie et l'Afrique. Idrisi qui reprend le savoir cartographique greco-romain fait de l'Océan indien une quasi mer fermée à l'image de la Méditerranée, d'où la forme inhabituelle de l'Afrique qui tend à rejoindre l'Asie du sud-est. Les migrations austronésiennes vers l'Afrique qui aboutirent au peuplement malgache de Madagascar et des Comores confortèrent les auteurs arabes à penser que le sud de l'Afrique était voisin de l'archipel indonésien: les mêmes populations se rencontraient de part et d'autre de l'Océan Indien.


carte Al Idrisi

                            source: http://fr.wikipedia.org/wiki/Al_Idrisi

 

                        L'Océan Indien dans le planisphère d'Al-idrisi avec transcription des principaux lieux mentionnés:

Océan indien al Idrisi

L'Afrique, malgré la déformation qui lui est donnée, a une proportion assez proche de la réalité. Au débouchée de la Mer Rouge, on peut successivement lire "Berbera" (Somalie), Al-Zenj (le "pays des Noirs",soit  la côte swahili des actuels Kenya et Tanzanie), Sofala (port du Mozambique par où transitait l'or extrait à l'intérieur des terres) et Al-Waqwaq (nom donné par les Arabes aux Austonésiens, ici, les Malgaches).

Madagascar "Al-Qomr" est indiquée ainsi que des îles entre celle-ci et la côte africaine (le terme Qomor désignant à la fois les îles de l'archipel des Comores et Madagascar chez les auteurs arabes). Dans son ouvrage, Idrisi présent deux des îles des Comores: al-Anguna pour Anjouan, où "la population est mélangée et l'élément dominant est fait actuellement de Musulmans", et une seconde caractérisée par un volcan (le Karthala en Grande Comore/Ngazidja).

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 06:50

Hebert croquis de Mayotte

 

Croquis de l’île de Mayotte, Thomas Herbert 1626 (extrait de Grandidier 1903, Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, vol2 page 393), l’île est représentée depuis le sud-ouest, le navire d'Herbert longeant le lagon, à l'extérieur de la barrière de corail: on distingue nettement le mont Choungi et au loin à gauche la chaîne du Bénara. À droite, une forteresse symbolisée dans la baie de Mzouazia est représentée: c’est le site de Bwanatsa. Au centre, au pied du Bénara dans la baie de Bouéni, est représenté le site de Jimawe.

 

Ce croquis est la plus ancienne représentation connue de Mayotte.

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 05:52

Mayotte 1680Carte tirée de H.D. Liszkowski 2000, Mayotte et les Comores, escale sur la route des Indes aux XVe et XVIIe siècles,

page 180

 

 

Malgré ses imprécisions, notamment pour le tracé des côtes et les toponymes, dues à la faiblesse des escales européennes à Mayotte (les autres îles, surtout Anjouan, sont beaucoup mieux cartographiées), cette carte mentionne clairement la capitale du sultan sur la côte ouest ("Legatonghill" pour Tsingoni) ainsi que la mosquée qui s'y trouve. Plusieurs baies où des lieux d'escales sont indiquées par des ancres: on reconnaît, au nord-ouest, grâce à l'îlot au large de la côte la baie de Mtsamboro (indiqué "Maricham") et la baie de Bandrélé (indiqué Bancanier pour buquini, le lieu des Malgaches? ). La ville de Bancanier/Bandrélé est indiquée ici comme "la princiale ville pour le commerce" avec pour preuve la représentation d'un navire arabe. Le cartouche inciste sur la richesse agricole de l'île, surtout du riz de montagne (paddy) que des navires arabes viennent échanger comme au nord-ouest de Madagascar contre des tissus et autres produits originaires du Moyen Orient.

 

Cette carte est attribuée, pour ses similitudes avec d'autres cartes de l'archipel contemporaines, à William Hacke. Une version en anglais existe, conservée au British Museum (reproduite par, C. Allibert 1984, Mayotte, plaque tournante et microcosme de l'Océan Indien occidental, son histoire avant 1841, p347). Dans cette version qui doit être l'original, la ville de Bancanier est présentée comme "la plus maligne pour faire du commerce"!

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 05:03

L'institution du sultanat s'est progressivement imposée à Mayotte à la fin du XVe siècle. Seules trois généalogies sont connues:

-celle fournie par le cadi Omar Aboubacar (1865)

-celle donnée par Gevrey (1870) mais qui s'appuie sur la précédente tout en essayant de fixer une chronologie aux règnes

-celle, enfin que Mkadara ben Mohamed fournit en annexe de son manuscrit (1931), et qui reprend en partie la généalogie fournie par le cadi Omar Aboubacar.

Ces écrits ne se recoupent pas toujours et plusieurs possibilités dans la succession des règnes existent pour le XVIe siècle.

Les relations de voyage européennes permettent quelquefois de situer dans la chronologie certains règnes comme celui d'Omar ben Ali, intronisé en 1643 après l'assassinat de son prédécesseur.

Enfin, l'inscription de Tsingoni datée de 1538 permet de clarifier la chronologie des premiers sultans.

 

Aussi, nous proposons cette succession de règnes:

Attoumani ben Ahmed (uniquement cité par Mkadara), premier sultan shirazi de Mayotte, établi à Mtsamboro, au dernier quart du xve siècle.

Mohamed ben Hassan règne sur Anjouan, Mohéli et Mayotte jusqu'aux années 153O

 ‘Issa (ou Ali ?) ben Mohamed, v1530-fin xvie siècle, il se fixe à Tsingoni où le mihrab de la mosquée porte la date de 1538. Sous son règne, Mayotte s'émancipe d'Anjouan.

Ali ben Bwana Foumou ibn Ali, petit fils d'Issa, son père est un prince swahili. Il s'agit peut-être du sultan assassiné en 1643.

Omar ben Ali 1643-v1680, réputé pour son bon accueil lors des escales européennes dans la baie de Soulou.

Ali ben Omar, il règne encore lorsque Tsingoni est attaquée par le pirate North en 1701 ou 1702, son fils Hussein est assassiné lors de cette attaque.

Echati binti Omar, soeur du précédent, elle avait épousé un prince d'Anjouan, Mwé Fani. Leur fille Manaou lui succède.

Manaou binti Mwé Fani, fille de Mogné Fani, prince d'Anjouan et d'Echati binti Omar.

Aboubakar ben Omar, frère de Ali ben Omar qui reprend le trône à Manaou.

Salimou ben Mwé Fani, ou Salim I, frère de Manaou, il renverse Aboubakar avec l'aide du sultan d'Anjouan Salim (v1707-1742), qui soutient ses prétentions au trône de Mayotte,car en tant que fils de Mwé Fani, ce nouveau sultan lui fera plus facilement allégeance. Or Salim devenu sultan de Mayotte, refusera de faire allégeance au successeur de salim (d'Anjouan), Said Ahmed (1742?-1792), déclenchant une série de guerres entre Anjouan et Mayotte.

Bwana Kombo ben Salim v1750-v1790, fils de Salim, durant son règne, le sultanat d'Anjouan tente à plusieurs reprises de s'emparer de Mayotte.

Saleh ben Mohamed ben Bechir el Monzari, ou Salim II, vers 1790-1807, riche marchand qui s'imposa comme sultan après la mort de Bwana Combo, il établit la capitale à Dzaoudzi dans les années 1790. Sous son règne débutent les razzias malgaches (1794-1820).

Souhali ben Mohamed 1807-1817 tantôt présenté comme le fils de Salim, tantôt comme son ministre, il s'empare de trône après l'assassinat de Salim. Il est renversé lors d'une révolte des clans aristocratiques mahorais. Mahona Amadi, petit fils de Bwana Combo d'après le cadi Omar Aboubacar est intronisé pour lui succéder.

Mahona Amadi 1817-1829, renverse Souhali et contracte un pacte de protection avec le royaume sakalave. 

Bwana Combo 1829-1836, jeune fils de Mohana Amadi, il est renversé par Andriantsouly

Andriantsouly 1832-1833, 1836-1845, usurpateur, ancien roi sakalave en exil à Mayotte, il détrône Bwana Combo.

 

M.Pauly

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Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

Sgraffiato à voluteCe site propose la découverte de la recherche archéologique à Mayotte, facette peu connue de son patrimoine historique, riche d'une occupation humaine attestée dès le VIIIe siècle après J-C.

C'est uniquement l'histoire ancienne  ou pré-coloniale de Mayotte, antérieure à sa cession à la France en 1841 qui est présentée ici.