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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 15:14

Dzaoudzi couvercle d'inspiration vohémarienne                       Photo. M.Pauly 2011

 

Ce couvercle a été découvert dans un contexte funéraire lors de la fouille de sauvetage du cimetière musulman de Dzaoudzifosse à dépôt funéraire (opération DRAC-MAPAT-SHAM d'août 2011).

 

Il présente de très grandes similitudes stylistiques avec la culture matérielle  du Nord-Est de Madagascar, notamment la tradition vohémarienne du XIVe-XVIIIe siècle et témoignerait de contacts entre Mayotte et les populations islamisées de Vohémar, les Rasikaji, assimilés au peuple Betsimissaraka depuis le XVIIIe siècle. En 1838, le Britannique J.S Leigh signale en effet à Dzaoudzi la présence de Betsimissaraka  ayant fui leur contrée après les conquêtes Merina (C. Allibert, 1999, "le journal de J.S.Leigh à bord du Kite", Etudes Océan indien 27-28, p120). 

 

Ce couvercle a été retrouvé volontairement brisé à l'intérieur d'une fosse et était accompagné de restes culinaires composés d'ossements de tortue. La présence sur ce même site de profil du couvercle de Dzaoudzisépultures musulmanes (caractérisées par un corps orienté  tête à l'Est, face tournée vers le Nord avec une pierre de calage sous la nuque) et de dépôts funéraires d'inspiration malgache semble être révélateur d'un intéressant syncrétisme  religieux entre les rites funéraires musulmans et malgaches. La récente conversion à l'islam d'Andriantsouli  et de ses guerriers sakalaves (en 1838) pourrait suggérer une chronologie pour ces tombes qui seraient datées par le mobilier associé de la fin du XVIIIe siècle et du début XIXe siècle.

 

Ce couvercle que j'ai remonté lors de mon étude, pour la DRAC, du mobilier archéologique de la fouille de Dzaoudzi est aujourd'hui conservé à la réserve archéologique de la MAPAT.

 

M.Pauly

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21 novembre 2011 1 21 /11 /novembre /2011 17:48

Malgré les averses tropicales et la moiteur de la saison des pluies qui débute, la fouille archéologique se poursuit encore quelques temps à Acoua.


aperçu sondageL'exploration de la stratigraphie se poursuit près de l'ancienne porte du rempart. Les niveaux explorés semblent désormais être rattachés au XIIIe siècle: un fragment de bord d'un plat de type monochrome islamique à glaçure métallique grise à l'extérieur, couleur aubergine à l'intérieur provient de cette unité stratigraphique, par ailleurs essentiellement composées de rejets alimentaires où les coquillages et restes de poisson prédominent.

importation islamique XIIIe siècle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

importation islamique 2

 

 

 

Les niveaux les plus anciens ont même fourni une mâchoire inférieure de tanrec (hérisson local) et un os de tortue de mer (carapace).

Tanrec  os de tortue

 

La céramique locale contenue dans ces niveaux présente très souvent un bel aspect noir, obtenu par une cuisson en atmosphère réductrice. Elle porte des décors de transition entre la phase culturelle Hanyoundrou (XIe-XIIIe) et la phase Acoua (fin XIIIe-XIVe): double incision en vague (synthèse entre les motifs à chevron et à arca de la période antérieure,) et impressions à l'ongle.

céramique Hanyoundrou tardif

 

impressions d'ongle

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5 novembre 2011 6 05 /11 /novembre /2011 15:50

Le chantier archéologique à Acoua se poursuit avec le dégagement des niveaux du XIIIe siècle (cône de dépotoir) situés à proximité de l'ancienne entrée du rempart, révélant le parement du rempart et les maçonneries du piédroit gauche (nord) de sa porte.

 

aperçu du piédroit gauche de la porte du rempart

Aperçu des maçonneries de l'un des piédroits de la porte (au centre) avec à droite de l'image le passage de la porte et à gauche une portion du rempart avec son parement conservé. Le mur en haut de la photographie appartient à une maison contemporaine bâtie sur l'ancien rempart. Le tron visible ici est celui d'un papayer.

 

maçonneries du piédroit

Vue des maçonneries du piédroit de la porte du rempart.

 

 

détail du parement du rempartParement du rempart: les assises irrégulières apparaissent nettement, avec, une éventuel trou de boulin (trou laissé par une poutre engagée dans le mur  pour la réalisation d'un échafaudage). Le dernier rang d'assise conservée, en basalte bleuté, correspond à une reconstruction du rempart au XIVe siècle lors de la seconde phase de construction de la porte.

 

En outre, les niveaux fouillés présentent de très importantes quantités de rejets alimentaires (ossements et coquillages) associés à des tessons du XIIIe siècle (décors avec impression d'ongle, un tesson avec décor à impression de coquillage arca et fragments de chlorite-schiste malgache).

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 19:42

La première quinzaine d’octobre a été consacrée à une opération archéologique dans la baie de Soulou, sur un ancien établissement du XVIIe siècle.


Aperçu du sondage Soulou 2011

aperçu sondage SoulouL’opération a consisté en une reconnaissance et étude stratigraphique de l’ensemble du site ainsi qu’un sondage d’évaluation du potentiel archéologique. Ce dernier a permis de préciser la chronologie de l’occupation du site et de déterminer l’identification d’un bâtiment reconnu lors d’une prospection précédente. Ce sondage a révélé l’entrée sud d’une mosquée ainsi qu’une partie de son bassin aux ablutions.

Cette mosquée était semble-t-il couverte d’une toiture en végétal à deux pans, débordant au delà du mur pignon pour abriter la birika. Autour du bassin, alimenté en eau par les eaux de la toiture, le sol était recouvert d’un enduit de chaux et des trous de poteaux indiquent l’existence d’une cloison légère permettant aux fidèles de pratiquer leurs ablutions à l’abri des regards. Devant l’entrée de la mosquée, de grandes dalles de basaltes maçonnées constituaient le sol, tandis que le seuil de l’entrée était réalisé à partir d’une colonne basaltique. Plusieurs phases de construction ont été reconnues, correspondant à des efforts pour protéger l’entrée de la mosquée de coulées de boue lors de gros épisodes pluvieux. Il est possible de proposer une datation pour cette mosquée: elle se rattacherait à l’occupation de la fin du XVIIe siècle, chronologie établie sur ce site grâce aux monnaies trouvées en prospection par Daniel Liszkowski depuis 1994.

 

tesson avec graffiti de boutre

Quelques tessons de porcelaine chinoise de type «bleu-blanc» confirmeraient cette datation. Suite à son abandon après un incendie à la fin du XVIIIe siècle (conséquence de l’expédition anjouanaise décrite par Péron en 1791?), la ruine devient un lieu de culte rendu aux djinns (ziara) avec de nombreux dépôts d’offrandes, dont un tesson remarquable portant un graffiti de boutre, unique représentation ancienne de navire connue actuellement à Mayotte. Une monnaie de 1872 indique que la dépose d’offrandes s'est poursuie jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’édifice est par la suite en grande partie recouvert par les colluvions (les anciens niveaux de sol de la mosquée sont à près d’un mètre de profondeur par rapport au sol actuel) et tombe dans l’oubli puisqu’aucune offrande contemporaine n’y a été reconnue (le culte au djinns rendu actuellement à la cascade voisine de Soulou serait peut-être la perpétuation de ce culte aux esprits jadis rendu sur cette ancienne mosquée).

 

 

Le rapport archéologique est en cours d'achèvement et sera prochainement remis au DRASSM, autorité supervisant l’opération.

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 13:34

La saison des pluies laissant à l'archéologie encore quelques semaines de répit, la fouille à Acoua a pu se poursuivre. Des objets intéressants sont «sortis» ces derniers temps, toujours dans les niveaux du XIVe siècle, et probablement de la fin du XIIIe siècle:

 

type Acouatype acoua 2

 

Deux beaux exemplaires de tessons de tradition "Acoua", avec décor en relief (côtes et mamelons): celui de gauche présente exceptionnellement  deux trous sur son col, soit de suspension, soit de réparation (courant sur les céramiques importées mais inédit sur une production locale).

 

mustard ware yéméniteChlorite schiste avec trou de réparation

 

À gauche, «Noire et jaune» yéménite ou «mustard ware», dont la chronologie, 1250-1350, est bien déterminée (n’est-ce pas Stéphane?). Avec le céladon chinois découvert récemment, c'est un très précieux fossile directeur des XIIIe-XIVe siècles.


En haut, fragment de marmite malgache en chlorite-schiste, avec trou de réparation (XIIIe-XIVe).

 

 

lame de couteauFragment d’une lame de couteau: il est très rare de retrouver des objets métalliques à Mayotte. La présence de deux scories dans ce même niveau archéologique indiquerait que la métallurgie s’est maintenue à Mayotte au moins jusqu’au XIVe siècle. Pourtant, au XVIIe-XVIIIe siècle, les relations de voyage européennes sont unanimes sur la rareté des objets en fer aux Comores, alors très prisés par les Comoriens lors des échanges avec les Européens durant les escales.
On ignore encore les causes de la disparition du savoir-faire métallurgique, ce qui est très surprenant puisque l’équipe de Claude Allibert a dénombré sur le site de Dembeni (IXe-XIIIe siècle) des centaines de bas fourneaux qui produisait à partir des nodules ferreux de la latérite des petits lingots de fer, de grande qualité et exportés dans tout l’Océan indien.

 

type mamuko ou Hanyoundrou

 

Enfin, un tesson portant un décor en chevrons est apparu dans ce contexte. Il peut soit s’agir ici d’un tesson de tradition Hanyoundrou (XIIIe siècle), soit d’un tesson malgache de tradition Mamuko (XIVe-XVe siècle) reconnue dans la baie d’Ampasindava (Nord-Ouest de Madagascar) par l'équipe de Henry Wright et Chantal Radimilahy.

 

M.Pauly

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2 octobre 2011 7 02 /10 /octobre /2011 15:10

La pointe Kahirimtrou à Acoua est un lieu sacré, particulièrement le lieu-dit "Antsiraka Boira" réputé peuplé d'esprits (une pierre sacrée "vato masina", entourée de tessons médiévaux y est connue lien vers l'article). C'est à l'évidence, l'un des premiers villages de la baie d'Acoua, dont l'occupation remonte à la culture Hanyoundrou (Xe-XIIIe siècle). Je connais bien ce site archéologique, pour en avoir été "l'inventeur" en 2005, mais ce n'est que récemment, que j'ai découvert, à l'extrémité ouest du site, là où le plateau d'Antsiraka s'achève et où la pente conduit à une petite plage, un ancien cimetière totalement inconnu jusqu'ici:

 

sépultures Antsiraqua Boira

 

sepulture 3sepulture 4

 

Les sépultures (des dizaines) sont matérialisées par des alignements de pierres dressées (décrivant quelque fois un rectangle), des petits cercles de galets ou encore des blocs de corail. Parfois largement espacées les unes des autres, il arrive qu'elles se concentrent en un même endroit. Le bord du plateau, (l'ancien accès au site par la plage) concentre ces sépultures.

 

sepulture 2

 

Il n'est pas aisé de proposer pour l'heure une datation à ces vestiges qui mériteraient certainement un sondage archéologique pour en déterminer la chronologie et le rite auquel elles répondents. Cependant, cette découverte tendrait à revoir l'interprétation première du site d'Antsiraka qui pourrait être  non pas un ancien village mais, à l'époque médiévale (culture Hanyoundrou), le premier cimetière du village d'Acoua-Agnala M'kiri. On sait en effet que dans la culture malgache, les cimetières sont volontairement éloignés des habitations, par crainte des esprits. La pierre sacrée, située plus haut à quelques dizaines de mètres pourrait alors être interprétée comme un lieu de dépose d'offrandes dans le cadre d'un culte rendu aux esprits des ancêtres. Cette croyance a survécu jusqu'à nos jours par les superstitions rattachées à ce lieu.

 

Aux siècles suivants, notamment à partir du XIVe siècle, les sépultures se rencontrent autour de la mosquée d'Acoua-Agnala M'kiri, ou sur la pente ouest de ce village, côté plage où de nombreux squelettes ont été découverts fortuitement ces dernières décennies. Cela indiquerait un nouveau rapport aux défunts, probable conséquence de l'islamisation de la société.

 

M.Pauly

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 05:30

En 1992, John Guthrie, un peu "chasseur de trésors" à ses heures, découvre, en rade de Dzaoudzi vingt quatre canons en fonte de fer, éparpillés en deux groupes de part et d'autre d'une "patate de corail". Quatre de ces pièces d'artilleries furent remontées à la surface et sont, depuis quelques années maintenant, exposées dans un petit local de la MAPAT.

Leur datation est acquise: il s'agit de canons de fabrication anglaise (arsenaux de Woolwich sur la Tamise) datés du dernier quart du XVIIe siècle. H.D. Liszkowski en a publié la description (2000, pp 196-197). Le plus grand, la "couleuvrine" pèse plus de deux tonnes, le plus petit "sacre" ou "mignon" (quelle poésie!) ne pèse qu'une demi-tonne!

 

 

 CanonCanons du Ruby exposés à Dzaoudzi

 boulets

 

 

John Guthrie a émis l'hypothèse qu'il pouvait s'agir ici des canons du "Ruby", navire anglais de la Compagnie des Indes britannique, qui fit naufrage à Mayotte en 1699. Aucune épave n'étant associée à ces canons, il imagine que des pirates auraient tenté de récupérer l'artillerie du navire, et que leur radeau aurait fini par chavirer. Daniel Liszkowski a une explication plus convaincante:  la disposition des canons séparés en deux groupes de part et d'autre d'un récif, suggère le scénario classique du navire qui talonne un récif et qui se déleste de son artillerie pour pouvoir repartir. Rien n’atteste en réalité que ces canons appartiennent au «Ruby»: les escales de navires anglais étaient fréquentent à la fin du XVIIe siècle.

Ces signes spectaculaires de la présence européenne à Mayotte au XVIIe siècle ne sont pas uniques, des canons identiques font la joie des plongeurs au large de l'îlot Handrema par exemple. Le lagon de Mayotte présente de nombreuses épaves, quelquefois de simples grappins ou ancres, quelquefois plus..., les récits du XVIIe et XVIIIe siècle signalent beaucoup de naufrages dans ses eaux. Ainsi, en 1720, le célèbre pirate Olivier Levasseur, dit Labuse, y perd son navire, "la Reine des Indes" après avoir confondu Mayotte pour Mohéli, erreur classique causée par l'imprécision des cartes de l'époque.

 

Toute nouvelle découverte est à signaler auprès du DRASSM (Direction de la Recherche Archéologique Subaquatique et Sous-marine).

 

M.Pauly

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 12:23

À toutes les époques de l'histoire de Mayotte, la baie de Longoni, de l'actuel port de Longoni à Bandraboua, offre un abri sûr aux navires de passage. Son nom même, "ulingoni" signifie en langue bantoue, "le lieu de l'échelle", par allusion au débarquement des marchandises depuis les bateaux échoués à marée basse sur ses plages. D'importantes cités commerçantes de Madagascar portaient d'ailleurs ce nom: langany dans la baie de Mahajamba au Nord de Majenga, que les auteurs arabes du XVe siècle appellent "lulangani". Il n'est d'ailleurs pas impossible que le grand port médiéval de Mahilaka portait ce nom avant son abandon au XIVe siècle. Pierre Vérin, en titrant sa thèse "les échelles anciennes de commerce sur les côtes Nord de Madagascar" en 1975, était particulièrement bien inspiré, ayant compris que les ports de Madagascar et des Comores étaient connectés aux cités commerçantes d'Afrique de l'Est, et, tels une série de jalons incontournables, ces ports composaient une véritable "échelle" poussant toujours plus loin vers le sud, le réseau commercial de l'Océan indien occidental.

baie de Longoni

 

Cette partie du littoral de Mayotte offre une concentration intéressante de sites archéologiques pré-coloniaux: un village fortifié à Mitseni, des ruines de mosquées (Mitseni, Mazamoni, Maouéni et Dzoumonyé), des arrières mangroves avec tessons éparpillés. Si l'on adjoint à cette liste les sites du littoral de Kangani à Majicavo, ce secteur présente trois sites fortifiés ainsi que deux sites de "hauteurs" qui sous-entendent l'existence d'anciennes chefferies. C'est également là où la plus ancienne présence humaine à Mayotte a été reconnue: sur le site côtier de Koungou (VIIIe siècle). Enfin, dernièrement j'ai rencontré,  baie de Longoni, un éparpillement de tessons renvoyant aux époques les plus anciennes du peuplement de l'île.

Tessons Mtsanga Longoni

  Probable EIW découverte plage de Longoni

TIW

À gauche: une partie des tessons récoltés fin août 2011.

 

En haut: deux des tessons récoltés baie de Longoni.

Si le second, avec ses motifs géométriques hachurés  est représentatif de la culture bantoue "TIW" (Triangular Incised Ware) présents sur d'autres sites de Mayotte (Liszkowski 2008, Allibert 2009) et plus généralement des Comores (Chanudet 1989, Wright 1984), le premier présente de très grandes similitudes avec la tradition bantoue plus ancienne "EIW" (Early Iron Working) comme définie par l'archéologue Tanzanien Félix Chami (1992).

 

F.Chami tessons limbo, delta de la RufijiLes sites de tradition EIW identifiés par F.Chami se situent dans les régions côtières de Tanzanie et du Kenya. Ici, à gauche, quelques tessons de tradition "Limbo", provenant de sites archéologiques du delta de la rivière Rufiji, en Tanzanie.(Chami 1998). Des perles associées et attribuées par F.Chami au monde méditerranéen gréco-romain semble fournir une datation du début du premier millénaire pour cette culture. Il est alors tentant de reconnaître en ces sites côtiers de la rivière Rufiji, le port antique de Rhapta, cité par les auteurs gréco-romains tel l'anonyme du Périple de la Mer Erythrée (IIe siècle).

 

Ces découvertes apportent une profondeur historique nouvelle aux établissements anciens de la baie de Longoni. et  bien sûr à Mayotte.  Si les recherches de F.Chami ne font cependant pas consensus parmi les chercheurs, notamment pour les chronologies avancées, la présence d'éventuels tessons de tradition EIW à Longoni pourrait être comprise comme une preuve d'une présence humaine africaine à Mayotte dès la première moitié du Ier millénaire de notre ère.

Comment l'expliquer? On sait par les sources écrites gréco-romaines (Allibert 2009), que le commerce méditerranéen connut l’Afrique de l’Est (Azania) fréquentée jusqu’à Rhapta (actuel delta de la Rufiji), et que l’écaille de tortue était la principale marchandise échangée auprès de ces populations africaines de la côte. La région du canal du Mozambique et ses îles (Mare Prasodis), étaient réputées pour la capture des tortues. Il est alors tout à fait envisageable d’interpréter la présence de tesson EIW à Mayotte, comme le témoignage de ces installations, certainement saisonnières à l’origine, puis permanentes, de ces pêcheurs bantous venus capturer les tortues marines dans la première moitié du Ier millénaire de notre ère, afin d’alimenter le commerce en écaille, ainsi qu’en ambre gris, des comptoirs d’Azania.

M.Pauly

 

Bibliographie:

ALLIBERT Claude:  2009 «Peut-il y avoir une occupation pré-dembénienne à Mayotte?» Taarifa n°1 (Archives Départementales de Mayotte), pp.17-30.

 

CHAMI Félix A. :    1992 «Limbo: Early Iron-working in south-eastern Tanzania», Azania XXVII pp.45-52.
                               1998 «The 1996 Archaeological Reconnaissance North of the Rufiji Delta», Nyame Akuma n°49, pp. 62-78.
                             2010 «Archaeological research in Comores between 2007 to 2009» , Civilisations des mondes     insulaires, Karthala, pp.811-823.

 

CHANUDET Claude: 1989:  Contribution à l’étude du peuplement  de l’île de Mohéli, Paris 676p.

 

LISZKOWSKI Henri D.: 2008: «Les Bantous, premiers occupants de Mayotte?» Univers Maore, n°8, pp.42-48.

 

VERIN Pierre: 1975 Les échelles anciennes de commerce sur les côtes nord de Madagascar, Université de Lille 3,  2 vol. 1016 p.

WRIGHT Henry T. : 1984 «Early Seafarers of the Comoro Islands: the Dembeni Phase of the IXth-Xth Centuries AD», AZANIA XIX, pp.13-59.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 06:48

Quelques photographies prises sur le chantier archéologique d'Acoua (toujours ouvert au public pour les deux week-ends des journées du patrimoine).

 

En haut, vue du chantier et jeunes (toujours) enthousiastes. En bas à droite: anciens enduits à la chaux de la porte de l'enclos urbain: un bel édifice construit avec soin au XIVe siècle.

elle est pas belle ma truelle d'archéole chantier d'Acoua

enduit de la porte

 

En bas à gauche: le second piédroit, totalement dégagé, mais moins bien conservé que le premier, avec seulement le blocage des maçonneries conservé. À droite, Djodjo, toujours avec le sourire alors que son beau jardin a été détruit pour la science, respect...

maçonneries du piédroit dégagéeDjojo, où sont passés mes bananiers

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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 05:22

La fouille archéologique à Acoua a reprise depuis quelques semaines (septembre 2011), élargissant la zone étudiée à la totalité de l'ancienne porte fortifiée.

Des niveaux comportant de la poterie de tradition "Acoua" (XIVe siècle) ont été rapidement atteints. Deux "importations", d'un grand intérêt pour l'établissement d'une datation ont été découvertes en stratigraphie:

 

Céladon de Longquan (Chine):

 

Céladon d'AcouaLe céladon (greenware celadon) ou "bare-circle" est une céramique chinoise produite à Longquan (lien pour plus d'informations ), caractérisée par une absence de décor et une glaçure verte cherchant à imiter le jade.

La céramique de Longquan est devenue la première production de masse chinoise destinée à l'exportation. On la retrouve dans tous les sites archéologiques de l'Océan indien occidental, en quantité rivalisant avec la céramique islamique.

Si la production de Longquan débute dès la dynastie Song (le site archéologique de Dembeni en fournit de nombreux exemplaires), c'est surtout sous la dynastie Yuan (1276-1367) pendant laquelle cette céramique connaît la plus large diffusion, avec le développement du port commercial de Quanzhou où les marchands arabes venaient s'approvisionner.

Les routes par lesquelles cette céramique arrivait jusqu'en Afrique de l'Est sont connues: on en retrouve de grandes quantités au Sri Lanka sur le site de Polonnarua (XIIIe siècle) ainsi que dans les ports du Golfe persique comme le vieux Ormuz (Mark Horton, Shanga, 1996, 307). Une route commerciale austronésienne directe, de l'Indonésie à Madagascar est envisageable (les sites archéologiques malgaches présentant alors peu d'importations islamiques par comparaison aux importations d'extrême-orient).

Stéphane Pradines à Gedi note que 70% des céladons trouvés proviennent des niveaux archéologiques du XIIIe-XIVe siècle, contre seulement 30% pour le XVe siècle (S.Pradines, Gedi, 2010 pp.224-225). La période de plus grande diffusion du céladon en Afrique de l'Est couvre en effet la période 1350-1400. C'est donc un excellent marqueur chronologique pour notre site d'Acoua, d'autant qu'il est ici associé aux décombres de l'ultime phase de construction de la porte du rempart. De plus, il confirme la datation absolue du XIVe siècle donnée par l'analyse RC14 pour des niveaux similaires à Acoua, dans le "quartier des notables" (campagne de fouille 2005-2008).

 

Perle rouge


perle rougeCe type de perle, réalisée à partir de pâte de verre rouge, est assez courant sur les sites archéologiques d'Afrique de l'Est datés du XIVe siècle. On en rencontre ainsi au Nord-Ouest de Madagascar, sur le site de Mahilaka (Chantal Radimilahy, Mahilaka, 1998, p191), dans les niveaux les plus tardifs dattribués au XIVe siècle. 

La production de perles en pâte de verre rouge est principalement localisée dans l'Inde du Sud-Est et au Sri Lanka. 

 

 

M.Pauly


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Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

Sgraffiato à voluteCe site propose la découverte de la recherche archéologique à Mayotte, facette peu connue de son patrimoine historique, riche d'une occupation humaine attestée dès le VIIIe siècle après J-C.

C'est uniquement l'histoire ancienne  ou pré-coloniale de Mayotte, antérieure à sa cession à la France en 1841 qui est présentée ici.