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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 22:17

 

Jusqu'à la fouille archéologique de sauvetage réalisée en août 2011, on ne savait pas si l'îlot était habité avant le xixe siècle. C'est davantage sur le morne de Mirandole ou « Pamandzi Keli », où se fixèrent à partir du ixe siècle les premiers habitants de Petite Terre.

 

Tessons de tradition Hanyoundrou (antérieurs au XIIIe siècle) provenant des niveaux archéologiques les plus anciens étudiés à Dzaoudzi en 2011 (photos M. Pauly 2011):

tesson à arca tesson médiéval

 

 

Il faut attendre le règne de Salim (Saleh ibn Mohamed ibn Bechir el Monzari, régnant vers 1790-1807) pour que le rocher de Dzaoudzi abrite la capitale du sultanat après l'abandon de Tsingoni.

 

 

 

vue de Dzaoudzi par Lebreton       Aperçu de Dzaoudzi, gravure de Lebreton tirée du Magasin pittoresque de 1855 (collection particulière)

 

Les transformations de l'îlot à l'époque coloniale ont effacé les vestiges de l'époque antérieure. J.S Leigh, donne toutefois une description précise de Dzaoudzi en 1838, trois ans avant l'installation des Français :


Andriantsouli« Nous nous sommes approchés du village où réside Dansoul (Andriantsoly), roi de Mayotte ; ce village est construit sur une petite île allongée qui n’a pas plus d’un mille de circonférence. Chaque côté tombe à l’abrupt dans la mer excepté l’un d’entre eux défendu par une haute muraille et de petites tours carrées qui se prolongent et entourent l’île. Sa hauteur varie selon la difficulté ou la facilité d’accès. Trois portes sont verrouillées chaque nuit au crépuscule et les clefs sont remises au gouverneur sans la permission duquel personne de peut sortir ou rentrer. Nous avons été accueillis, à l’extérieur de la fortification, par un certain nombre d’habitants, un mélange de Sacalavoes, d’Antalouches (Malgaches musulmans), des Anjouanais, etc.
[...] Un énorme canon est placé sur le point culminant de l’île mais ne repose pas sur un affût. Il ne peut être déplacé. (...) La mosquée était la seule construction en pierre de la ville à côté des dix résidences du roi que j’ai vues. Elle était plutôt grande car elle faisait 40 pieds carrés. Les piliers étaient en bois et le toit fait de feuilles de cocotiers [...]. »

 

Avec la prise de possession de Mayotte par les Français en 1843, et le choix de conserver Dzaoudzi comme capitale administrative, la littérature coloniale et les plans sont plus abondants et nous permettent une meilleure connaissance du Dzaoudzi pré-colonial.

 

Le commandant Passot décrit Dzaoudzi en ces termes:

 

Cet îlot était recouvert d’une multitude de cases, servant de demeures à une population de huit à neuf cents habitants. Des rues étroites, tortueuses et malpropres; des tombes auprès de chaque habitation; quelques rares cocotiers et des herbes croissant partout, tel était le tableau que présentait la ville de Dzaoudzi.


Rapport du commandant Passot du 14 décembre 1868, CAOM MAD/251/558, cité dans «Dzaoudzi, une histoire contrastée, catalogue de l’exposition réalisée par les archives départementales de Mayotte, p.10,2005.

 

En 1844, un plan de Dzaoudzi est dressé comportant la localisation des remparts, de la mosquée du vendredi et du palais du sultan (pangahari). Nous en avons extrait les plans suivants:

 

Palais de Dzaoudzi 1843

Le pangahari (palais du sultan) est avec la mosquée l'une des rares constructions remarquables relevées par l'administration coloniale.

Il est construit pour l'essentiel en matériaux périssables (palissades en cocotier et cases en raphia), à l'exception du corps de bâtiment au nord, construit en pierres liées à la chaux, et faisant fonction de salle d'honneur et d'appartement du sultan.

 

Cet ensemble palatial est délimité par une palissade en cocotier inspirée des demeures royales sakalaves. L'accès se faisait au Nord-Ouest et au Sud à l'aide d'entrée en chicane caractéristique des entrée de shanza (cour traditionnelle).

Cette première cour délimitée par l'enclos palissadé était terminée au Sud par un second enclos domestique occupé par plusieurs habitations construites en végétal.

De rares cocotiers (points vert sur le plan) fournissaient un peu d'ombrage.

 

Une deuxième palissade délimitait un second espace servant d'habitation au sultan. On  y accédait par le Nord à l'aide d'une construction en pierre d'un seul niveau et à toiture plate. côté Nord, la façade de cet édifice est délimité par un baraza (banc-terrasse). Un escalier monumental permet d'accéder à la salle d'honneur. C'est là où le sultan recevait ses hôtes. Un lit occupait le fond de la pièce. Des petites cours servant d'aisances terminaient à l'Est la distribution des pièces de cet édifice. On accédait alors à un enclos domestique occupé par un édifice en matériaux périssable constituant un autre shanza.

Cet ensemble palatial est détruit en 1846 après le décès du sultan Andriantsouli.

 

 

                       Restitution du pangahari d'après le plan de 1844:

pangaharidzaoudzi

 

 

 

Mosquée de Dzaoudzi 1843

La mosquée du vendredi est un édifice dont les élévations sont pour partie en pierre (murs), et pour partie en végétal (murs pignons, toitures à deux pans, poteaux en bois).

Elle s'appuie sur la déclivité naturelle du terrain.

 

Son mihrab de plan demi-circulaire est caractéristique des mosquées tardives de Mayotte (comme par exemple celle de Mirandole située non loin). Il est surmonté, sur sa façade intérieur d'un arc ogival. Ses maçonneries sont protégées à l'extérieur par un débord de toiture appuyé sur une rangée de poteaux en bois.

 

À droite de l'entrée, on distingue un bassin aux ablutions alimenté en eau par un petit canal relié à un puits.

On peut observer que la mosquée a été remaniée et que ses couloirs latéraux furent abandonnés dans une deuxième phase, celui de gauche apparaît d'ailleurs nettement en ruine sur le relevé des élévations.

 

La mosquée est détruite en 1848 lors du déplacement du lieu de culte à Pamandzi.

 

Dzaoudzi précolonial légendé

                Plan vectorisé de Dzaoudzi d'après le plan de 1844:

1, mosquée du vendredi, 2 pangahari (palais du sultan), 3, chantier de la préfecture (août 2011) avec découverte fortuite d'un puits, habitat en végétal (mosquée de quartier?) et sépultures,  4, rempart percé de deux portes et défendu par des tours, 5, bâtiment colonial de 1844 existant encore aujourd'hui, 6, cimetière arabe.

 

 

comparaison Dzaoudzi 1843 à aujourd'hui

       Superposition du plan vectorisé de 1844 avec une image satellite de Dzaoudzi ( source google earth).

 

On découvre alors que le palais du sultan était localisé sous les actuels jardins de la résidence et l'ancienne résidence du gouverneur (dite Eiffel).  La mosquée du vendredi était localisée à l'ouest de la place de France, le puits visible encore aujourd'hui est vraisemblablement celui de cette mosquée. Les portes de l'enceinte fortifiée étaient situées à l'Est, sous la route venant du débarcadère de la barge passagers, à l'Ouest, face au bâtiment des douanes, quai Balou. Le cimetière était situé à la petite plage au départ du boulevard des crabes.

 

La fouille archéologique de 2011  (photos M. Pauly 2011)

puits

Un des puits déjà signalés au XIXe siècle:

 

"De l'eau fraîche pouvait être obtenue de puits à Dzaoudzi, dont certains étaient de quarante pieds de profondeur. Les habitants des lieux la buvaient sans danger, mais pas les Européens à qui elle donnait la dysenterie."

 

Rapport du 24 mars 1843 du capitaine John Marshall.

 

 

 

fosse à chaux

Fosse à chaux identifiée dans les niveaux tardifs (XVIIIe-début XIXe siècle), lors de la fouille de sauvetage:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une douzaine de sépultures de rite musulman ont été reconnues lors du sondage. Le défunt est allongé sur le côté (position en décubitus latéral droit), face au nord (en direction de la Mecque) avec une pierre sous la nuque. Des dépôts d'offrande accompagnaient également certaines sépultures (avec à droite, un couvercle remonté d'inspiration malgache ):

 

 

  sépulture dépôt funéraire couvercle remonté

 

Une fusaïole (niveaux XVIIe-XVIIIe siècle):

fusaïole

Parmi les objets du quotidien retrouvés lors de la fouille, cette fusaïole employée pour le filage, de la porcelaine chinoise (bleu et blanc) du XVIIe-XVIIIe siècle, des fragments de marmites malgaches en chloritoschiste. Des restes alimentaires (coquillages, ossements de tortue, de volaille). Les ossements de zébu étaient par contre totalement absents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie:

Claude Allibert, "le journal de J.S. Leigh (1836-1840) à bord du Kite", Études Océan Indien n° 27-28, pp.61-170, INALCO 1999.

Archives départementales de Mayotte, Dzaoudzi une histoire contrariée, 1843-1866, catalogue d'exposition, 46 p., 2005.

 

M.Pauly

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Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

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