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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 18:14

Braun Quiloa Kilwa 1572Gardien des archives de Lisbonne durant de longues années, Jao de Barros est le plus réputé des historiens du XVIe siècle, ayant eu accès à des documents de première main, sur lesquels il basa son oeuvre, De Asia,  parue en 1552.
Le récit de l’expédition de Dom Francisco D’Almeida en 1505 décrit la soumission du sultanat de Kilwa au royaume du Portugal et inclue une Chronique des rois de Kilwa. C’est un texte majeur pour la connaissance historique de Kilwa, que complète un second manuscrit arabe daté des années 1520 et dont une copie du XIXe siècle est conservée au British Museum (Ms 2666) dont Freeman-Grenville fournit la traduction en anglais (G.S.P. Freeman Grenville, 1962, The east african coast pp 34-49).  La version présentée ici est celle que Guillain a publiée en 1845, à partir du De Asia de Barros (M.Guillain, 1845, Documents sur l’histoire, la géographie et le commerce de l’Afrique orientale, tome 1, pp.211-215).
L’examen de la chronologie fournie  par ces chroniques placerait la fondation de Kilwa, par un prince shirazi au Xe siècle. L’étude archéologique du site (principalement par Neville Chittick), ne remet pas fondamentalement en cause la chronologie des règnes, confirmée notamment par la numismatique.
Kilwa est devenu, au XIIIe-XVe siècle, la principale cité-commerçante de l’Afrique de l’Est swahili. Le sultanat de Kilwa, après avoir évincé au XIIIe siècle ses concurrents régionaux -la localité de Sanga, Xanga ou Shagh selon les sources (aujourd’hui Sanjé ya Kati, d'après Stéphane Pradines, 2009, "l'île de Sanjé ya Kati (Kilwa, Tanzanie): un mythe shirâzi bien réel" Azania, vol 41, pp.49-73)- était parvenu à contrôler le commerce de l’or provenant de l’intérieur du Mozambique (pays des Limiins cité par Ibn Battutah en 1331) en étendant sa domination de Sofala (littoral du Mozambique) à l’île de Mafia. Même si les preuves sont limitées -la chronique d’Abdou Latwif (1898) cite explicitement l’arrivée en Grande Comore d’une princesse shirazi originaire de Kilwa, (B.A.Damir, G.Boulinier & P.Ottino, 1985, Tradition d’une lignée royale des Comores, p99), ce qui rejoint la mention, au XIIIe siècle d'ibn Said, selon laquelle une île au volcan, située à l'est de Kilwa (la Grande Comore) serait sous la dépendance de Kilwa (cité par Guillain, 1845, p269)- il n’est pas impossible que les Comores et le Nord-Ouest de Madagascar en reçurent l’influence politique: les nombreuses crises politiques et usurpations connues par ce sultanat purent en effet s’accompagner de l’exil de certains princes shirazi de Kilwa aux Comores où ils donnèrent naissance aux sultanats shirazi comoriens. 
Son déclin ne s’amorce qu’avec l’irruption Portugaise dans l’Océan indien: en 1502, Vasco de Gama, lors de son deuxième voyage en Inde obtient la soumission du sultan de Kilwa au royaume du Portugal. Mais la cité est mise à sac en 1505 par D’Almeida en représailles au refus du sultan de Kilwa de payer son tribut au Portugal.

 

portrait Barros

«Un peu plus de soixante-dix ans après la fondation de Moguedchou et de Braoua, à peu près vers l'an 400 de l'hégire, régnait à Shiraz, ville du golfe Persique, un roi maure nommé Sultan-Hhacen, qui laissa après lui sept fils. L'un de ceux-ci, nommé Ali, était peu considéré par ses frères, parce qu'il était fils d'une esclave abyssinienne, tandis que leur mère, à eux, était d'une noble famille et issue des princes de Perse. Mais Ali suppléait à la bassesse de sa naissance par la supériorité de sa sagesse et de son mérite personnel. Pour se soustraire au mépris et aux mauvais traitements de ses frères, il résolut d'aller chercher dans une nouvelle patrie une destinée meilleure que celle qui lui était échue parmi les siens. Emmenant sa femme, ses fils, toute sa famille et quelques autres individus qui voulurent s'associer à son entreprise, il s'embarqua, dans l'île d'Hormouz, sur deux navires, et se dirigea sur la côte du Zanguebar, dont la renommée vantait les riches mines d’or. Il aborda successivement à Moguedchou et à Braoua ; mais il y trouva des Arabes mahométans, avec lesquels, lui qui était de la secte religieuse dominant en Perse, se trouvait en dissidence. Et, comme sa ferme intention était de former un État particulier dont il fût le maître souverain , il descendit le long de la côte et atterrit à Kiloua. Voyant que la disposition naturelle de ce territoire, entouré d'eau, le mettrait à l'abri des hostilités de ses voisins, il l'acheta, au prix d'une certaine quantité d'étoffes, à ceux qui y résidaient, à la condition qu'ils se retireraient sur la terre ferme. Dès qu'ils furent partis, il se mit à élever des fortifications, afin de pouvoir se défendre non-seulement contre les attaques des Cafres, mais aussi contre celles de quelques populations maures qui l'avoisinaient, notamment celles des îles Songo et Changa, dont la domination s'étendait jusqu'à Monpana, distant de Kiloua d'environ 20  lieues.
Comme homme de beaucoup de  talent et de sagesse, il eut bientôt créé une ville remarquablement grande et forte, à laquelle il donna le nom qu'elle porte aujourd'hui. Quand il s'y vit solidement établi , il commença à étendre su domination sur les populations les plus proches. C'est ainsi qu'il envoya un de ses fils, fort jeune, établir son autorité sur l'île Monfia et sur d'autres îles de ces parages. Ce courageux fondateur prit bientôt le titre de sultan, que gardèrent ses successeurs
   A la mort d'Ali-ben-Hhacen, son fils Ali-Bumale  hérita de son père et régna quarante ans. Comme il n'avait pas d'enfant, le gouvernement de Kiloa passa à AliBou Soloquele, fils de son frère, le jeune prince que nous avons dit établi à Monfia. Le règne de ce roi ne fut que de quatre ans et six mois». Il eut pour successeur son fils Daoud, qui fut chassé de Kiloua, après quatre ans de règne, par Matata-Mandelima, roi de Changa, son ennemi. Daoud se retira à Monfia, où il mourut. Matata laissa à Kiloua un sien cousin du nom d'Ali- boU-Bekre, qu'après deux ans les Parsis chassèrent et remplacèrent par Hhouceïn-Seliman, cousin de Daoud, décédé. Seliman régna seize ans. Il eut pour successeur Ali-ben'Daoud , son cousin, qui régna soixante ans, et laissa le trône à un de ses petits-fils, nommé, comme lui , Ali. Celui-ci était un méchant homme ; le peuple se souleva contre lui après six ans de règne, et le précipita vivant dans un puits.
Après quoi , il prit pour souverain, à sa place, son frère Hhacen-ben-Daoud., qui régna vingt-quatre ans. A ce dernier succéda Seliman, qui était de race royale. Mais, comme c'était un très-mauvais roi , après deux ans de règne seulement , les habitants se soulevèrent, lui tranchèrent la tète, et élevèrent au pouvoir son fils Daoud, deuxième du  nom, qu'ils firent venir de Sofala, où il était gouverneur et où il avait acquis de grandes richesses. Daoud régna quarante ans et laissa le trône à son fils Seliman- Uhacen. Ce nouveau roi eut un règne remarquable ; il se fît seigneur de la rançon de Sofala, des îles de Pemba, de Monfia et de Zanzibar, et d'une grande partie de la côte de la terre ferme. Il ne se contenta pas d'être conquérant; il embellit la ville et y fit construire une forteresse en pierre et chaux, avec murailles, tours et châteaux; car, jusqu'à son règne, Kiloua était presque tout entière construite en bois : tout cela se fit dans l'espace de dix-huit ans que dura son règne. II eut pour successeur son fils Daoud, qui régna deux ans ; puis Talut, frère de ce dernier, qui ne régna qu'un an ; enfin un troisième fils, nommé Hhoceïn, qui régna vingt-cinq ans. Comme celui-ci n'avait pas de fils, le trône passa à un quatrième fils de Seliman, nommé Ali-Boui, qui vécut dix ans. Ce fut le plus heureux de cette nombreuse lignée; il put achever toutes ses entreprises. A ces quatre frères succéda Bou-Seliman, leur cousin, qui régna quarante ans. Après lui régna , pendant quatorze ans , Ali-Daoud, auquel succéda son petit-fils Hhacen, qui régna dix-huit ans et fut un excellent prince. A sa mort , la royauté échut à son fils Seliman, qui, après quatorze ans de règne, fut tué par trahison. Après lui régnèrent son fils Daoud pendant deux ans, puis Hhacen, frère de Daoud , pendant vingt-quatre ans. Hhacen mort sans enfants , le pouvoir retourna aux mains de Daoud, son prédécesseur, qui avait régné deux ans par suite de l'absence de son frère, parti pour la Mecque, et auquel il avait rendu, à son retour, le trône, qui lui appartenait. Cette fois, Daoud régna vingt-quatre ans. Il eut pour successeur son fils Seliman, qui ne régna que vingt jours, et fut dépossédé par son oncle Hhacen. Hhacen régna six ans et six mois ; n'ayant pas d'enfants, il eut pour successeur Taluf, son neveu, frère de Solyman, qu'il avait détrôné. Taluf régna un an, et fut remplacé par un autre de ses frères, nommé aussi Seliman, qui garda le trône deux ans et quatre mois. Après ce laps de temps, il fut renversé par un autre Seliman, son oncle, qui régna vingt-quatre ans quatre mois et vingt jours. Après lui régna vingt-quatre ans son fils Hhacen, auquel succédèrent son frère M’hhammed-Ladil pendant neuf ans, et le fils de ce dernier, Seliman, pendant vingt-deux ans. Seliman mourut sans enfants. Son oncle Ismaël Ben-Hhacen régna quatorze ans. A sa mort le gouverneur se  déclarer roi, mais ne régna qu'un an, et fut remplacé par celui qui avait rempli sous lui la place qu'il occupait avant son usurpation. Ce dernier ne régna non plus qu'un an. Le peuple choisit alors pour nouveau roi Mahhmoud, homme pauvre, mais de sang royal. Sa pauvreté lui fut un obstacle, et le força, au bout d'un an, de renoncer au trône. On choisit pour roi , après lui , Hhacen, fils de l'ancien roi Ismaël, qui régna dix ans et eut pour successeur Said, qui régna dix autres années. Après celui-ci une nouvelle usurpation eut lieu; le gouverneur se fit déclarer roi et régna un an. Il avait pris pour gouverneur son frère, nommé Mahhmoud, qui avait trois fils; mais, craignant ses neveux, il les avait envoyés, loin de Kiloua, gouverner les terres de sa domination. Sofala échut, dans cette circonstance, à un nommé Youceuf , qui gouvernait cette contrée à l'époque où Pero da Nhaya alla y construire une forteresse par l'ordre du roi Emmanuel de Portugal, comme nous le verrons plus loin. A la place du gouverneur usurpateur, les gens de Kiloua élèvent Abdallah, fils du roi défunt Saïd ; il régna un an et six mois, et après lui son frère Ali régna également un an et six mois. A la mort de celui-ci, le gouverneur de Kiloua choisit pour roi un certain Hhacen, fils du gouverneur précédent, qui avait usurpé le trône après Saïd. Mais le peuple n'y voulut point consentir, et fit choix d'un individu du sang royal nommé Chumbo, qui ne régna qu'un an. Le peuple rappela alors au trône ce Hhacen, qu'il n'avait pas voulu accepter d'abord, et qui régna cinq ans. Son successeur fut Ibrahim, fils de l'ancien sultan Mahhmoud. Celui-ci régna deux ans et fut remplacé par son neveu Alfudaïl, qui resta fort peu de temps sur le trône. Alfudaïl ne laissait qu'un fils, qu'il avait eu d'une esclave. Le pouverneur retint alors le pouvoir, mais sans se faire déclarer roi. Il existait encore un fils du roi Seliman décédé, cousin germain d'Alfudaïl : aussi, quoique Ibrahim fût maître absolu de Kiloua, le peuple ne lui donnait jamais que le titre d'émir. Néanmoins il fut maintenu dans son usurpation par les événements qui surgirent alors et amenèrent dans ces parages Pedro Alvarez Capral, Joân de Nova, et enfin Vasco de Gama, qui l'obligea à se reconnaître tributaire du roi de Portugal lors de son second voyage dans ces mers, qu'il avait si glorieusement conquises à son pays. »

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Abstract

 

The Society of Mayotte History and Archaeology (SHAM) was founded in 1990. For the last twenty years it has undertaken archaeological researches on the island in close connection with the French National Cultural Authorities (DRAC) and the Centre d'Etude et de Recherches sur l'océan Indien occidental et le Monde Austronésien (formerly CEROI, nowadays CROIMA, INALCO, Paris). Several archaeological sites have already been discovered and studied. Besides, the Society has played a part in the elaboration of the island archaeological map. Its members have published many articles and books.

 

Key words: archaeological excavations, Comoro Islands, Mayotte island, Indian Ocean, cultural traditions, Swahili and Malagasy civilisations, Austronesian civilisation, history, mediaeval pottery, stone architecture, Dembeni civilisation, island civilisation, islamisation, shirazi sultanate, islamic civilisation, mediaeval trade, human migrations.

 

Treize siècles d'histoire!

Sgraffiato à voluteCe site propose la découverte de la recherche archéologique à Mayotte, facette peu connue de son patrimoine historique, riche d'une occupation humaine attestée dès le VIIIe siècle après J-C.

C'est uniquement l'histoire ancienne  ou pré-coloniale de Mayotte, antérieure à sa cession à la France en 1841 qui est présentée ici.